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Roland Michaud, explorateur, artiste photographe et inoubliable professeur d’anglais à Janson

Mon professeur d’Anglais de 6e A2 en 1961-1962 est parti en voyage pour toujours le 25 mai 2020.
Chacun d’entre nous reste marqué par quelques professeurs qui lui ont laissé davantage qu’un simple enseignement. Roland Michaud était de ceux-là car il avait une double vie. C’était d’abord un professeur exigeant. Au-delà de la grammaire, il nous faisait apprendre de longues listes de mots en anglais et je lui dois de disposer encore aujourd’hui d’un large vocabulaire qui me permet de me faire comprendre partout dans le monde, même si ma syntaxe approximative reste celle d’un débutant.

Mais Monsieur Michaud était différent des autres professeurs. D’abord il portait la barbe, ce qui, au tout début des années 1960, n’était pas si fréquent dans le corps enseignant. Mais surtout il était explorateur, un mot qui fait rêver les jeunes élèves avides d’aventure. Au milieu du cours, il faisait souvent une pause pour nous parler de ses voyages, à l’époque en Afrique.  Il voyageait toujours avec son épouse, Sabrina, dans une 2 CV Citroën qu’ils avaient baptisée Zafric et que tous deux avaient aménagée pour en faire, à l’étape, une « chambre à coucher ». Il nous parlait de leurs rencontres avec des animaux que nous ne connaissions qu’à travers la protection des grilles des parcs zoologiques. Son face-à-face avec le lion nous faisait rêver d’aventure et ses récits de voyages ont certainement joué un rôle majeur pour me donner le goût des expéditions lointaines, même si ce fut la banquise du Grand Nord plutôt que la savane africaine et les ours polaires plutôt que les lions.

Dans le magnifique ouvrage que Roland et Sabrina Michaud ont publié en 2015*, il raconte : « En septembre 1960, j’enseigne l’Anglais au lycée Janson de Sailly à Paris. Sabrina est liquidatrice de dossiers « maladie » à la caisse des cadres (…). Tout va bien. Mais nous rêvons d’échapper à la routine métro, boulot, dodo, tout en nous insérant dans la société (…). Les  Mille et Une Nuits est notre livre de chevet. Chaque soir à voix haute et à tour de rôle nous le savourons. Nous tendons une oreille attentive aux mythes et mystères de l’Orient qui nous fascinent, jusqu’au jour où nous décidons de confronter notre imaginaire à la réalité et de partir pour l’Orient ».  C’est donc l’Asie qu’ils vont alors découvrir et qui les fera connaître comme un couple inséparable de photographes exceptionnels. Le proviseur de Janson accepte la demande de congé sans solde et le couple quitte Paris en mars 1964. Ils traverseront la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Union indienne avant de parcourir l’Extrême Orient jusqu’en Chine. Toute leur vie sera dès lors consacrée aux voyages et aux œuvres d’art photographique. Roland et Sabrina immortalisent les hommes et les femmes qu’ils rencontrent. Leurs photos expriment leur amour de ces hommes et de ces femmes, surtout à travers la profondeur des regards qu’ils parviennent à fixer sur la pellicule.

Je n’ai revu Roland et Sabrina Michaud que 53 ans plus tard, le 1er octobre 2016 dans la grande salle de l’Opéra de Massy où ils étaient les invités d’honneur de l’association « Voyageurs du Monde ». Mon professeur d’anglais m’y a dédicacé « Voyage en quête de lumière », leur ultime ouvrage « en mémoire de nos années Janson de Sailly et de bien d’autres choses que nous partageons ». J’aurais aimé prendre le temps de le rencontrer à nouveau, de lui parler, d’écouter ses souvenirs mais cela ne s’est pas fait, en premier lieu en raison de soucis de santé. Mais il y avait peut-être aussi une autre raison : Roland Michaud n’était pas un homme tourné vers le passé, même s’il restait attaché à la photographie argentique et refusait le « fil à la patte » du téléphone portable. A 84 ans, il voulait encore repartir en Asie, en Afghanistan je crois.  A-t-il eu le temps de le faire ? Je ne le sais pas. Tout ce que je sais, c’est que jusqu’au bout, auprès de Sabrina, il a rêvé de ses voyages et il a agi pour qu’ils deviennent réalité.

Certains professeurs ont été pour nous des modèles. Leur exemple nous a guidés à différents moments de la vie, certains d’entre eux parce qu’ils ont orienté notre vie professionnelle, d’autres parce qu’ils étaient des modèles de dignité face aux souffrances que la guerre leur avait infligées, d’autres encore, comme Roland Michaud, parce qu’il nous a démontré que l’on pouvait transformer des rêves en réalité.

Claude Wachtel
Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche stratégique
1er Juin 2020

 

A lire absolument :
* Voyage en quête de lumière, Roland et Sabrina Michaud, Ed. de La Martinière (2015).

Pour en savoir plus…
> Le dernier voyage de Roland Michaud, photographe aventurier
   Par Clémentine Mercier – Libération – 26 mai 2020

> Roland Michaud, photographe voyageur, est mort
   Par Claire Guillot – Le Monde – 27 mai 2020
> L'ailleurs merveilleux et critiqué de Roland et Sabrina Michaud
   Par Michel Guerrin – Le Monde – 29 mai 1999


photographe anglais explorateur




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