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ARTISTE, RESISTANT, OFFICIER : LE DESTIN ENGAGE DES TROIS FRERES COULON

Les frères Coulon et leur père incarnent une lignée rare de droiture, courage et fidélité. Avec des orientations universitaires et des destins radicalement différents, ces trois frères – Jean-Michel (1920-2014), Jean-Rémi (1925-1944) et Jean-François (1927-1952) – ont en commun une détermination et une honnêteté sans failles. Ces qualités leur sont très probablement venues de leur père – Jean-Paul (1881-1963) – qui lui aussi, quelques dizaines d’années plus tôt, avait montré ses choix sans compromissions.

Jean-Paul, l’ainé des six fils de Georges Coulon (1838-1912)1, vice-président du Conseil d’Etat sous Clémenceau et de Geneviève Pelletan (1852-1926)2, était ancien élève du Lycée Janson, ainsi que ses cinq frères, Jean-Pierre (1884-1949), Jean-Louis (1885-1914, polytechnicien artilleur mort à la bataille de la Marne), Jean-Jacques (1887-1970), Jean-Claude (1889-1975) et Jean-René (1891-1916, mort à la bataille de la Somme) (Archives du lycée Janson de Sailly).

Georges Coulon et ses six fils vers 1898. Les six fils aux obsèques nationales de leur père en 1912.

 

Jean-Paul aura trois fils dans ce même établissement : Jean-Michel, l’aîné, artiste peintre, Jean-Rémi, le second, jeune résistant, Jean-François, le cadet, militaire. Jean-Paul a aussi une fille Denise, scolarisée au lycée Molière ; elle épousa le peintre Olivier Debré. Leur fils Patrice accomplit également toutes ses études à Janson.

Jean-Paul Coulon a transmis à ses enfants le goût de la liberté morale. Il a su sacrifier sa réussite professionnelle à ses convictions face au nazisme. Jean-Paul, stagiaire auprès de l’avocat à la Cour Albert Crémieux, fut élu Second Secrétaire de la Conférence en 1912. Il ouvrit son cabinet d’avocats, conseil de banquiers et d’industriels allemands à Paris. Son affaire est prospère. En 1933, en réaction à la montée du nazisme chez ses clients, il décide de fermer son cabinet mettant sa famille en grandes difficultés financières. En 1939, Jean-Paul est nommé Président du tribunal à La Réole (Gironde), puis en 1940, Conseiller à la cour d’appel d’Aix-en-Provence, en zone libre. Malgré la très large implantation des Allemands dans le 16e arrondissement, les Coulon prennent le risque de cacher des amis juifs dans leur appartement de la rue de la Faisanderie. Ils ne seront jamais découverts. Dès la Libération, Jean-Paul est nommé Premier Président à la cour d’appel d’Orléans. Très vite, en 1947, il préside la 2nde chambre de la cour d’appel de Paris. Voici la conclusion de l’éloge prononcé par le Monsieur le Bâtonnier René Bondoux en 1963 : « Il nous a quittés au début de l’été, comme il avait vécu, modeste, bon, fier, fidèle à ses convictions, respectueux de son indépendance pour laquelle il avait su risquer sa carrière et sa vie. Je livre, mes jeunes confrères, cet exemple à vos consciences. »

Les trois frères Coulon ont été formés au lycée Janson de Sailly qu’ils ont aimé et honoré.

Jean-Michel a choisi la voie exigeante et silencieuse de la création artistique. Sa vie entière fut consacrée à une œuvre libre, intègre et indépendante. Jean-Michel3 est l’aîné des fils de Jean-Paul Coulon. Il a peint dans un secret quasi-absolu de l’entre-deux guerres au 21e siècle. Son histoire est inhabituelle. Après un début de carrière rapide et brillant, il se replie dans le calme et le silence de son atelier, loin du tumulte des galeries et des expositions, refusant de montrer sa peinture, n’en parlant jamais même en famille, travaillant néanmoins tous les jours avec une régularité de métronome. A sa mort sa fille, Aline Stalla-Bourdillon, découvre une œuvre entière, structurée et inédite qu’elle tente aujourd’hui de replacer dans le grand mouvement d’abstraction d’après-guerre. Sa vie fut totalement dédiée à la peinture. Dès l’âge de sept ans, il commence à dessiner et peindre assidûment. Il réalise, entre autres, la Sainte-Chapelle qu’il refuse, jeune adolescent, de donner à Picasso4. Il fait toute sa scolarité à Janson. Assoiffé de voyages, il effectue de nombreux séjours en Allemagne et en Autriche d’où il revient bilingue. Il embarque à bord de navires marchands et parcourt les côtes de l’Afrique. Il aperçoit Hitler à Berlin puis Mussolini à Rome. Il achète ses premiers livres d’art à 13 ans. Il a 19 ans quand la guerre éclate. En âge d’intégrer le STO, il interrompt ses classes préparatoires à l’école normale supérieure au lycée Henri-IV pour poursuivre des études de Lettres, Droit, Histoire et Géographie à Aix-en-Provence. En 1944, Jean-Michel brave la désapprobation de ses parents et décide de dédier sa vie à la peinture. Elle sera d’emblée abstraite4. A 26 ans, il est invité au salon des Réalités Nouvelles, puis expose à la galerie Jeanne Bucher, avec Braque, Picasso, Klee, de Staël, Vieira da Silva. Une exposition personnelle suivra à cette même galerie. Ce succès l’amène à participer à New York à l’exposition qui fera date, “Young Painters from the US & France”, organisée par Léo Castelli chez Sidney Janis. Il découvre les Etats-Unis avec sa femme, violoniste américaine. Il est fasciné par NY, sa lumière froide et les gratte-ciels. Ces visions seront d’une grande influence sur sa peinture5. Après l’incendie de son atelier en 1955, Jean-Michel n’exposera quasiment plus. Il voyage notamment en Italie. Les peintures de cette période sont particulièrement joyeuses5. Indifférent à la mode du gigantisme, il choisit de réduire la taille de ses châssis, assimilant ainsi les tableaux à des objets d’art et privilégiant un rapport intime avec l’œuvre. A 80 ans, en 2000, il passe brutalement de la peinture au collage réalisé sur d’anciennes toiles des années 50 et 603,4. Jusqu’à ses derniers jours, il travaille avec des couleurs chatoyantes, reflétant encore la joie de vivre et la soif de création. Jean-Michel Coulon décède à Paris à l’âge de 94 ans. Ses œuvres entrent désormais dans les grandes institutions françaises6,7,8.

Jean-Michel en 1950. Coulon, c. 1935. Gouache sur papier, catalogue raisonné N°1168J
et c. 1970-1990. Huile sur bois, catalogue raisonné N°0349H

Jean-Rémi a incarné le courage absolu en donnant sa vie pour la France. Son sacrifice fait de lui une figure exemplaire de la jeunesse résistante. Jean-Rémi est le second fils de Jean-Paul Coulon. Il fait également toutes ses classes à Janson. Il est en classe préparatoire Agro lorsqu’il intègre le plus jeune réseau de résistants, le Corps Franc Liberté. Le 6 juin 1944, de nombreux étudiants de classes préparatoires et de grandes écoles, à la suite du débarquement allié, quittent Paris pour rejoindre les divers maquis français. Il s’agit d’exécuter l’ordre codé lancé par Londres via la BBC. La Ferté Saint-Aubin, en Sologne, n’est qu’une étape vers la Corrèze. Suite à la dénonciation d’un des leurs, André Parent, la Gestapo cerne les 29 étudiants le 10 juin au petit matin, les fait prisonniers et les fusille dans le dos à la Ferme du By, à La Ferté St-Aubin, dans le Loiret9. Le lendemain de l’exécution Jean-Paul Coulon est déchu de son poste de Conseiller à la cour d’appel d’Aix-en-Provence par le gouvernement de Vichy. Les fusillés reçurent la Croix de Guerre, la Médaille de la Résistance et la Légion d’Honneur à titre posthume. Lors de la reconstitution, l’accusé André Parent avoue et indique tous les détails du massacre. Il est condamné à mort par la cour de justice d’Orléans et exécuté le 7 février 194510. Le mémorial de Bellefontaine est construit à La Ferté Saint-Aubin afin d’honorer la mémoire des résistants. Chaque année une commémoration officielle avec des élèves du lycée Janson a lieu, suivie d'un pèlerinage sur les lieux mêmes des exécutions11,12,13.

Jean-Rémi en 1944. Sa tombe à la nécropole de Bellefontaine à la Ferté Saint-Aubin.

 

Jean-François a servi l’État avec honneur dans l’armée de l’air. Sa mort en service rappelle la dimension tragique du devoir militaire. Jean-François est le cadet des fils de Jean-Paul Coulon. Il a 13 ans lorsque la guerre éclate et 17 ans lorsque son frère Jean-Rémi est fusillé. Comme ses frères, Jean-François est élève à Janson. Aux concours de Maths Spé en 3/2, ils sont deux derniers ex-aequo reçus à Polytechnique. Le plus âgé sera choisi. Jean-François ira à l’école de l’Air. Il est pressé de se marier et aura une fille, Laurence Petitfrère. Jean-François est rapidement affecté à Bizerte en Tunisie. Sur un plan géostratégique, Bizerte est un point de passage obligé pour les navires transitant au plus court entre Gibraltar et Suez. Le site commande par ailleurs le canal de Sicile. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Bizerte était une des plus importantes bases navales françaises12. Jean-François est officier dans l’armée de l’air à la base aéronavale de Sidi Ahmed proche de Bizerte. C’est lors d’une mission dans le brouillard que son avion percute une des collines environnantes. Jean-François reçu la Légion d’Honneur à titre posthume en 1953. Sa mort est survenue dans un contexte géopolitique et financier tendu, sur fond de décolonisation14. La base fut évacuée par les Français en 1963.

Jean-François en 1952. La base aéronavale de Sidi Ahmed.

Chez les Coulon, la réussite n’a jamais été dissociée de la conscience. Janson fut pour eux un lieu de formation intellectuelle et éthique. Ils ont donné au mot « élève » une dimension de responsabilité et d’exemplarité. Leur histoire est celle d’un sens élevé du devoir et de la liberté. Elle relie la culture, le courage, le service et la fidélité aux valeurs. Les Coulon ont servi sans bruit, sans compromission, sans calcul. Ils ont fait de leur vie un engagement et non une stratégie. Leur mémoire honore Janson de Sailly autant que Janson les honore.

 

1 Wright, Anceau et Machelon, Les préfets de Gambetta, Ed. PU Paris-Sorbonne, Paris, 2007

2 Baquiast, Une dynastie de la bourgeoisie républicaine: Les Pelletan, Ed. L’Harmattan, Paris, 1996

3 Harambourg, Jean-Michel Coulon (1920-2014), Ed. Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2018 (édition bilingue français/anglais)

4 Stalla-Bourdillon, Jean-Michel Coulon (1920-2014) : Catalogue raisonné, Ed. Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2022 (édition bilingue français/anglais)

5 Coulon, Lettres d’Amérique et Lettres d’Italie, Ed. Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2019  (édition bilingue français/anglais)

6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Michel_Coulon

7 https://www.jean-michel-coulon.com/

8 https://www.instagram.com/jm_coulon_paintings/

9 https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article217808  La Ferté-Saint-Aubin, Marcilly-en-Villette (Loiret) 10 juin 1944

10 Forces Françaises de l’Intérieur, Journal de Marche du Maquis de Sologne, Loiret, Région P2

11 https://www.janson-de-sailly.fr/commemoration-la-ferte-saint-aubin/

12 https://www.lesjansoniens.com/page/798/la-ferte-saint-aubin-15-juin-2025

13 https://www.lesjansoniens.com/page/802/ceremonie-du-souvenir-10-novembre-2025

14 https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-39.htm




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